JUJURIEUX - LA CARTE POSTALE DANS TOUS SES ETATS

Les Amis du Patrimoine de Jujurieux vous invitent à découvrir l'exposition "Raconte moi la carte postale" qu'ils réalisent dans l'Orangerie du château des Echelles les 20 et 21 mars, pour les journées du Patrimoine. Cette exposition retrace, à travers des thèmes choisis, l'histoire et la fonction de la carte postale dans notre région bugiste.

 Petite rétrospective de l'histoire de la carte postale

Dans "La Revue Illustrée de la Carte Postale" de septembre 1905, on pouvait lire ceci :  « Où que vous soyez, à deux cents lieues de France, à cent mille lieues de Paris, au Pôle Nord, près du désert, sur un glacier, au sommet d'une roche prétendue inaccessible, dans la crique la plus abandonnée, vous ne trouverez peut-être pas un morceau de pain si vous avez faim, ni un verre d'eau si vous avez soif, mais vous trouverez sûrement des cartes postales... et les cartes postales partent dans toutes les directions. On rencontre, à cet effet, des marchands au coin de tous les bois, au milieu des cols les plus difficilement atteints, au fond des fjords les plus étroits. On les envoie, les jolies cartes, aux quatre coins de la terre».

Avec un peu plus d'un siècle de recul, on constate que ce propos demeure toujours d'actualité. La carte postale est née en 1869 en Autriche, presque trente ans après le timbre-poste. En France, l'administration qui en détient le monopole, abandonne peu à peu sa fabrication à l'industrie privée.

Les premières tentatives illustrées apparaissent très vite avec la carte "réclame" de la "Belle Jardinière". L'exposition universelle de 1889 consacre une réalisation où l'on peut voir la "Tour Eiffel". Outre Rhin naissent les Gruss, ancêtres de la carte souvenir aux plans multiples très vite colorisés. 1900 avec l'exposition universelle marque véritablement le boum de la carte postale et les débuts de la collection. Devenu un média incontournable, à une époque où la photo reste l'apanage de gens aisés, elle devient l'élément illustré à la fois d'une vie locale intense et d'une ouverture sur un monde proche et lointain.

 Après sa période carte nuage, elle entre dans son "âge d'or" où elle n'a plus de frontières sociales. N'importe qui se l'approprie pour en faire un support personnel photographique : elle est devenue carte photo.

Le monde entier en voit défiler des millions. Les éditeurs de cartes postales prospères foisonnent. Le moindre buraliste du plus petit village tient à voir son nom imprimé sur les cartes qu'il ne fait que diffuser pour le compte d'un éditeur national ou du département.

Dans la grande guerre, même si elle intervient comme instrument de propagande et de conditionnement de l'arrière, loin de montrer l'horreur et la véritable misère humaine, elle est une source d'innombrables productions. Ce premier bouleversement mondial accentue son déclin, constaté vers 1920, en raison du manque de créativité et les conditions de fabrication. Le téléphone, qui s'est démocratisé, substitue le message oral au message écrit.

Une autre guerre plus destructrice ne parvient pas à l'éliminer. Elle revit à travers les trente glorieuses grâce à un tourisme populaire et généreux. Qui n'a pas envoyé à ses parents la vue de l'endroit où l'on est enfant des colonies, en vacances avec "mémé", avec ses parents au camping, ou à la ferme chez "tonton et tata"? Avec le raz le bol du béton souvent destructeur, redécouverte en tant qu'objet de collection, elle devient un document historique incontournable et prend sa place dans les manuels scolaires, les nombreuses monographies de villes et villages, ouvrages spécialisés, etc. Objet de contestation sociale et politique, elle connaît un nouvel attrait mais doit concurrencer le courriel, le SMS et la carte virtuelle. Cependant redevenue presque un produit de luxe, surtout par les frais postaux qui l'accompagnent, elle demeure, par de nouvelles qualités artistiques et typographiques, cet objet convivial simple et parfois poétique, avant tout palpable et lisible, qui maintient et conserve le lien humain à une époque où la communication, trop souvent artificielle et mécanique, n'est plus qu'un verbiage déshumanisé.

 

Jacques Grimbot

 

(article destiné au journal "LE PROGRES")