Jujurieux souterrain

La région de Jujurieux est complexe sur le plan géologique. Elle est située sur la limite Ouest du Jura méridional, dont les structures calcaires tourmentées ont été charriées, lors des compressions alpines, sur la molasse du bassin bressan, les deux catégories de roches étant elles-mêmes au contact de la plaine quaternaire de l’Ain. La commune de Jujurieux et ses alentours immédiats (un espace compris entre les cours d’eau du Veyron, au nord, de la Rivière d’Ain, à l’ouest et de l’Oiselon, au sud) compte une bonne trentaine de cavités recensées, typiques du relief karstique, caractérisé par l’enfouissement des eaux sous la surface de massifs calcaires, au cours des derniers millions d’années. 

 La zone des falaises bordant la N. 84 au nord de Chenavel a livré 17 cavités pour la plupart de moins de 20 m, voire de moins de 10 m. Ce sont des conduits creusés par d’anciens ruisseaux souterrains. La plus longue grotte, à 3 entrées, fut mesurée en 1977 sur 112 m. La plus au nord a été découverte en 1972 par des jeunes de Varambon, elle fut topographiée plus tard sur 50 m. Une autre de 42 m avait été vue par le spéléo-club de Villeurbanne en 1963. A Chenavel, un puits en bordure de chemin fait 13 m de profondeur. La grotte du Four explorée en 1979 et 1981 dans les rochers à l’est de Chaux mesure 60 m. Dans ce hameau, plusieurs petites cavités existent, dont une perte située dans une propriété / qui semble communiquer avec les grottes d’En Perrucle.

 La grotte de la Courbatière ou « cambourne » d’En Perrucle

  Parmi toutes ces cavernes existant sur la commune de Jujurieux, il en est une qui se distingue par sa beauté et ses dimensions : la grotte de la Courbatière ou «cambourne» d’En Perrucle, creusée dans les calcaires de l’anticlinal de Chaux. C’est aujourd’hui le site spéléologique le plus visité du département (au moins 2000 visiteurs par an).

La plus ancienne date inscrite sur ses parois fait remonter son exploration par un certain Boyau à 1854. La caverne est décrite dans Les Vallées du Bugey, ouvrage publié par le baron Raverat en 1867. Les visites / se multiplièrent dans la seconde moitié du XIXe siècle (citons celles du Dr Boccard en 1888 et 1895). Pourtant, aucune mention n’est faite par Emile Chanel qui, à l’époque, recensait les grottes de l’Ain grâce à un vaste réseau d’instituteurs et d’agents-voyers. 

 Au XXe siècle, de nombreuses sociétés de spéléologie se créent. Il faut attendre les années 1930 pour que Pierre Chevalier, alpiniste et spéléologue lyonnais lance la mode « Juju » avec les premiers comptes-rendus de visite et surtout le premier plan, exécuté avec ses amis de l’Ain. On attribue alors à celle-ci 1200 m de longueur. Le recrutement des visiteurs est favorisé par les congés payés. Pendant la guerre de 1939-1945, la chatière sableuse est désobstruée par des scouts et l’on put atteindre le fond.  Nombreux vont être les scouts et éclaireurs, en effet, à venir à Jujurieux. Mais dans le pays aussi, des résidents, renouant avec la curiosité du Dr Boccard, se passionnent pour le sujet et notamment des instituteurs comme Edmond Girod. En 1949, le géographe Jean Corbel étudie en compagnie de celui-ci la formation du réseau et l’évolution du massif (ses travaux sont restés en partie inédits). Il restait à découvrir les étages supérieurs de la grotte, ce qui fut fait par les spéléos lyonnais du clan de la Verna à partir de 1951.Vers 1950, la spéléologie a le vent en poupe, grâce aux découvertes et publications de Norbert Casteret, qui explora le gouffre de la Pierre-St-Martin dans les Pyrénées. La grotte de Jujurieux connut dès lors un regain de célébrité. Mais le trop grand nombre de groupes de visiteurs les plus divers  entraîna une forte pollution (concrétions cassées, vasques d’eau souillées, parois noircies par l’acétylène, déchets de toute nature et notamment de la chaux). Dans les années 1970 a lieu une prise de conscience et des groupes de spéléologues  pratiquent des nettoyages systématiques comme c’est toujours le cas aujourd’hui. La grotte ne doit son bon état qu’à un entretien régulier.

 Les principaux conseils écologiques sont les suivants : des groupes ne dépassant pas dix personnes, faire ses besoins avant d’entrer, réduire à 2 le nombre des lampes à acétylène, éviter les pique-niques, suivre les cheminements habituels, ne pas séjourner trop longtemps, ne pas fumer, ressortir les déchets, aider au nettoyage du parking extérieur.

On conseille de s’adresser au Comité spéléologique de l’Ain (cds01@wanadoo.fr), affilié à la Fédération Française de Spéléologie pour des visites en toute sécurité.

 Connue de nombreux spéléologues de France, la Cambourne d’En Perrucle sert également de grotte école, en présentant un large éventail des difficultés rencontrées sous terre. Châtières sévères (la Sableuse, la Boite aux lettres) ou grandes salles (la Cathédrale, la salle de la Vierge) se succèdent, entrecoupées de puits ou de vires et agrémentées de concrétions (les Piles d'assiettes, la Cascade) pour former un ensemble fossile à deux entrées, se développant dans le Bajocien supérieur et moyen.

  Les derniers relevés topographiques sont celui de 1976 (Goupe de Bourg) qui donnait une longueur de 2174 m et celui de 2006 (Groupe d’Hauteville) qui donne 2500 m environ, pour un dénivelé de - 42 à +27.

 Sur ce massif de la commune de Jujurieux, d’autres phénomènes karstiques intéressants, non pour la visite mais pour la connaissance du karst, sont  les trous souffleurs comme celui en bordure de la variante du sentier de grande randonnée (GR 59), au-dessus du Bévieur. Pour en savoir plus, consulter les références bibliographiques.