CHENAVEL

 

par le francoprovençal chenève, issu du latin cannabis, chanvre + suffixe –etum

Situé à 2 km 500 au nord ouest du centre du village, Chenavel (Cheneveya) est construit sur un plateau qui domine la rivière d'Ain. Les maisons traditionnelles regroupées s'ouvrent sur des ruelles perpendiculaires à la rue principale. En contrebas du hameau, en bordure du plateau s'élève le château du même nom. La légende dit que les habitations, avant la construction du château, étaient plus à l'est et se sont progressivement rapprochées pour profiter de la protection de celui‑ci. Il reste encore les vestiges d'une voie romaine qui conduit à Bosseron.    

La croix de Chenavel est composée d'un  fût (Une partie du fût est restaurée en béton) et croisillons cylindriques en pierre, sur un socle bas en pierre ; inscription "1772". Près de la fontaine est une statue de la Vierge.

(cliché Martine Alliod)

               Il y a trois fontaines:

 la source dite aussi "La fontaine" où  l'eau est  recueillie dans une niche. 

 

 En haut du hameau, un bassin rectangulaire monolithe, est adossé à un mur de soutènement, et se trouve surmonté par une statue de la Vierge en fonte. Il est alimenté par une source éloignée, côté Breignes. L’altitude de ce hameau a fait qu’il était nécessaire de trouver  une source plus haute que les autres pour pouvoir amener l'eau dans le village. La première canalisation était en terre cuite, elle ne fut pas enlevée lors du remplacement  par les tuyaux métalliques.

 Au centre de Chenavel, sur la place, un bac rectangulaire monolithe adossé à une maison de pierre, servi par une borne carrée surmontée d'une niche abritant une statue du Sacré‑Cœur.

                                

                                                (cliché Martine Alliod)

 Le four possède un fournil ouvert, il a un toit à deux pans, couvert de tuiles creuses .Sur la poutre du porche on peut lire 1886. Banquettes latérales. Plusieurs inscriptions mentionnent les dates de restaurations 1978 et 1999.

Histoire de  La Carronnière (briqueterie) ou Tuilerie de Chenavel

Son existence et sa situation sont attestées par la carte de Cassini, au nord-est de «La Routte, mentionnée: «Tuilerie» (le symbole utilisé semble indiquer un bâtiment et non pas un hameau). Il est dit qu’ :

 en 1747, le couple Joseph Delouille / Marie Neyrod « demeure à /en la carronnière de Chenavel » [Ils se sont mariés en 1735].

 en 1769, Joseph De L’ Houille / Delouillhe est « caronnier à Chenavel ».

 en 1776, il est «thuilier et carronnier à Chenavel» et trois ans plus tard toujours «caronnier à Chenavel».

 en 1789, l’un de ses fils, Etienne, est « carronnier à Chenavel »     

 en 1791, Etienne Joseph Louvat Champollon, de Chenavel, est propriétaire d’un «bâtiment de la Thuillerie» situé en section C, dite de Chenavel, lieu-dit « Sous la Caronniere».

 en 1794, lors de son arrestation, Etienne Joseph Louvat Champollon est propriétaire « d’un bâtiment d’une thuillerie détruite, située dans la section du territoire de La Routte ».

Eléments remarquables et particuliers

 Maison Cristini : deux beaux escaliers, dont un avec des marches en pierre circulaires.

 En face remise (ancienne habitation ) avec les vestiges d’un potager, des corbeaux de cheminées et des niches de rangement.

 En continuant au fond de la ruelle, à droite : maison du XIX siècle, sur trois niveaux avec escalier en pierre avec retour et belle balustrade de fer forgé. Grange attenante avec ouverture en anse de panier. Vestige de séchoir.

 Dans la rue principale : belle porte de grange : portail bois avec deux ventaux, présence de buttes roues, avec arc et jambage en pierre.

 En face : courette avec plusieurs maisons vigneronnes, avec séchoirs, escaliers en pierre et caves semis enterrées. Dates visibles: 1826, 1872, 1830.

 Dans le haut du village la maison de l'ancienne école qui a conservé sous l'avant toit la cloche

Le Château

Le château et la terre de Chenavel étaient un fief dépendant des Sires de Thoire‑Villars qui passèrent successivement par les mains de six familles entre le XlVe siècle et la Révolution, principalement les familles de Buenc (1342‑1494), de Breul (1494‑1578) et Michon (1655‑1790) Mais il faut placer entre elles, à la fin du XVIème siècle, l'intermède essentiel de Claude de la Coux, abbé d'Ambronay et sénateur de Savoie, qui reconstruisit le château.

Lors de la Révolution, l’arrêté d’Albite pour les départements de l’Ain et du Mont-Blanc  parait le 21 janvier 1794 en application du décret de la Convention Nationale visant à la destruction des châteaux forts, tours, portes, pont-levis et fortifications. Le 8 février le Directoire du District de Mont-Ferme (Saint Rambert en Bugey) le rend applicable sur le canton et le 13 mars répond fermement au conseil général de la commune de Jujurieux qui à sa séance du 2  n’avait pas souhaité prendre une décision immédiate. Etienne-Joseph du Louvat de Champollon (1743-1802) (le premier maire de Jujurieux), propriétaire du château depuis 1791, incarcéré le 15 février 1794 à la prison d’Ambronay fait produire le 20 mars un mémoire, s’appuyant sur le fait que son habitation est dégagée des signes féodaux et ne peut nuire à l’ordre public. Il demande que soit fait un examen par un expert militaire.

Sauvé, semble t'il de la destruction par le maire Jean‑Claude Savarin, il est vendu en 1822 par la famille de Champollon au marquis Costa de Beauregard, puis revendu par celui-ci en 1833 à Alfred Vincent de Lormet, le château perdit alors son aspect féodal par la suppression de l'aile du levant, des restes du pont-levis et le nivellement des fossés.  M. Vincent de Lormet démembra ensuite le domaine qui comprenait plus de 80 hectares. Le château, ainsi que 4 hectares fut acquis en 1844 par le manufacturier Claude-Joseph Bonnet Il y établit un atelier de tissage qui fut occupé successivement par deux familles lyonnaises ayant connu des revers de situation, et notamment la veuve Lobre qui travailla avec des ouvrières pensionnaires, avant que ses enfants ne s’installent à Jujurieux. Mais il en fit surtout la maison de repos de ses ouvrières pensionnaires de l'usine de Jujurieux. Cette destination sociale persista jusqu'au début du XXème siècle où des cartes postales le présentent comme lieu de séjour au grand air de l’organisation Travail de la Femme et de la Jeune Fille, dont le siège est à Lyon, rue Boissac. Une autre partie du domaine fut vendue en 1848 par M. Vincent de Lormet à Joseph Cottin, directeur de la manufacture de Jujurieux.

Des cartes postales datées attestent qu’au début des années 40 le château est aménagé en colonie de vacances des Syndicats professionnels féminins. En 1942 le groupe 7 du groupement N°3 de Bourg en Bresse des chantiers de Jeunesse occupe la bâtisse.

En décembre 1949, la famille Cottin, fait don du château et de ses abords à l'Association Féminine pour l'Action Sociale. Pendant une vingtaine d'années sous la responsabilité de M Bollard, le château abrite des vacances familiales. L'Association Fouilles Préhistoriques de l'Ain s'y installe dès l'été 1975. L' Association Animation de Chenavel  y voit le jour en 1982. Elle bénéficie la même année d'une opération du Fonds d'Intervention Culturelle.

L'aile sud du rez-de-chaussée est alors aménagée en pièces fonctionnelles pour une vie communautaire ainsi que les ailes nord et sud du premier étage avec des ateliers de travail et bibliothèque. La salle d'honneur abrite pendant un temps des expositions permanentes ou temporaires. Le second étage est affecté à des chambres pour les fouilleurs. Les anciennes écuries sont reconverties en ateliers, sanitaires et un vaste laboratoire.

Description

Le château de Chenavel, dans son état actuel, a la forme d'un fer à cheval, avec une façade principale flanquée de deux tours rondes, qui surplombent la vallée de la rivière d'Ain, et avec des angles intérieurs garnis de tours octogonales. . L'essentiel de la décoration intérieure provient de la période de reconstruction par l'abbé de La Coux et des décades qui ont suivi, c'est à dire de la fin du XVIe siècle à celle du XVIIe siècle, qui représentent l'âge d'or de la demeure. On retient l'existence au rez‑de‑chaussée de deux cheminées monumentales datées respectivement de 1590 et 1598. A l'intérieur on retrouve le blason avec les trois hérissons des seigneurs de Lacoux.

Au rez-de-chaussée, deux magnifiques cheminées monumentales rappellent qu'un abbé d'Ambronay fit rebâtir l'édifice entre 1590 et 1598. L'une (1590) orne une grande salle voûtée dans l'aile nord et l'autre (1598) une pièce dont l'agrandissement à révélé l'existence de peintures murales . Il est intéressant de noter la forme quadrangulaire de l'ancienne bâtisse, retrouvée par P. Cattin sur un plan cadastral de 1830.

Dans l'aile sud du premier étage, existait une  longue chapelle . A ce même étage la salle d'honneur possède une cheminée monumentale dont les peintures seraient fin Renaissance  son carrelage est du même modèle que ceux de Brou.

(cliché C.Lhuisset)

Sauf dans l'ancienne chapelle, tous les plafonds sont à la Française. Dans la tour sud, une pièce minuscule a conservé des murs et un plafond peints sans doute par le même artiste qui travailla au château des Echelles à Jujurieux.

 


Le 2e étage conserve trois greniers aux impressionnantes charpentes ( visibles aussi au sommet des quatre tours ) et une douzaine de chambres.

Les deux tours hexagonales, côté cour, enchâssent les beaux escaliers de pierre qui desservent les étages. Un vieil escalier de bois occupe la tour ronde du Sud.


      D'anciennes écuries abritaient des ateliers surmontés de greniers à usage de réserves,
On ne peut quitter Chenavel sans jeter un regard sur la vieille ferme ruinée et «les arcades» contiguës. Il est urgent de sauver ce «chef-d'œuvre en péril».


Au centre de la cour intérieur pousse un  tilleul plusieurs fois centenaire. Un bac octogonal en pierre est certainement un vestige d'une ancienne fontaine et au fond du parc une Vierge rappelant que les ouvrières-pensionnaires de Jujurieux venaient chanter les vêpres, certains dimanches,  dans la propriété de Chenavel.. Depuis la terrasse, vue sur la rivière d'Ain et sur le château de Thôl (Neuville-sur-Ain).

L'observation succincte des bâtiments actuels permet déjà d'effectuer un certain nombre de constatations .Des époques antérieures aux reconstructions de 1590 - 1598  subsistent sans doute d'importants vestiges, et notamment : les caves voûtées, la grande citerne de la cour, les substructions et des pans de mur entiers décelables sur les relevés par les disparités d'épaisseur (murs périphériques très épais au Nord et au Sud - Rez-de-chaussée - contrairement au mur Ouest, amorce d'un refend dans l'aile Nord, tour ronde Nord Ouest) - Enfin, les restes des deux cheminées gothiques découvertes tout récemment au rez-de-chaussée. peuvent également remonter à l'époque médiévale, autant qu'on puisse en juger actuellement.

 

 

Sont à dater du XVII° siècle: les baies à meneaux plats, les belles portes moulurées à panneaux (grand salon du premier étage, rez-de-chaussée , escalier Nord Ouest, premier étage tour Sud Ouest, couloir premier étage accédant à la tour Nord Ouest) la cheminée monumentale du grand salon, le bel escalier Sud Ouest et les couloirs d'accès voûtés d'arêtes.
 

L'intérêt modeste des quelques vestiges significatifs des XVIII° et XIX° siècles - cheminées à trumeau de stuc, une cloison en lambris très simple - comparé à la qualité remarquable des témoins plus anciens permet de supposer sans grand risque que ce que l'on pourrait appeler « l'âge d'or » du château de Chenavel correspond à la période fin XVI° - XVII° siècles à la fin de laquelle l'architecture comme le décor intérieur devaient atteindre leur apogée : outre les croisées de pierre, les cheminées et les plafonds que nous venons de citer, les salles principales, au minimum, étaient entièrement décorées de peintures, murs et plafonds. Les siècles suivants, moins heureux, n'ont vu réaliser que des travaux d'amélioration du confort, comme y incitait l'évolution des goûts et les exigences de l'époque : bouchement ou suppression des grandes cheminées anciennes remplacées par des modèles à petit foyer, cloisonnement des salles trop vastes, suppression partielle ou totale des croisées de pierre et redistribution des baies pour accroître l'éclairement des locaux, réalisation d'une terrasse d'agrément en belvédère sur la vallée, etc..

 

     

 

    Remarquons que certaines pièces ont pu être lambrissées au XVIII°siècle, ou même dès le XVII°pour lutter contre le froid : simple lambris d'appui (lambris bas) surmonté de tissu ou de tapisseries, ou lambris de hauteur couvrant tout le mur comme celui - remarquable .- du château de Pont d'Ain.
Il reste que les aménagements des XVIII° - XIX°et première moitié du XX°s. effectués au château ont eu pour résultat apparent d'appauvrir ou de camoufler les dispositions et les embellissements de l'« âge d'or ».

 

 

 

 

Appartiennent aux reconstructions de l'Abbé d'Ambronay, fin XVI°s., les beaux plafonds à petites solives et poutres sur corbeaux de pierre, les baies, à meneaux moulurés, la tour d'escalier en vis Nord Ouest, les grandes cheminées datées du rez-de-chaussée , le carrelage « modèle de Brou » du grand salon du premier étage, les portes menuisées à six panneaux visibles.

(cliché Martine Alliod)

A l'extérieur, d’anciennes écuries (voir texte plus haut), décorées de quatre arcades contiguës. Elles ont été récemment acquises par la commune, qui a restauré les arcades. Elles étaient la propriété de la famille Cottin, Joseph Cottin ayant acquis une partie du domaine de Chenavel, en 1848.